Truites : Techniques inusitées pour la pêche à gué (3/3)

[Avertissement : Cet article ne s’adresse pas aux pêcheurs à la mouche, pas plus qu’il vise à dénaturer le noble art de la pêche à la mouche. Il s’adresse aux pêcheurs de lancer léger qui veulent enrichir leurs techniques de finesse, surtout pour la pêche à gué. Cet article est le troisième d’une série de trois articles sur des approches inusitées pour la truite et autres espèces. Nos préférons vous en avertir.]

J’ai longtemps hésité à écrire cet article et pour cause : le nombre de réactions négatives que j’ai subies — le mot n’est pas trop fort — m’a maintenu dans la discrétion pendant plusieurs mois. En effet, chaque fois que je tentais d’en parler à des connaisseurs, on m’a boudé, ridiculisé ou même sorti d’un magasin ! Et pourtant, ce que je m’apprête à vous révéler, ça fonctionne. En dehors de tous les cadres connus, oui, mais ça marche. En TA…

 

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Photo no 1 : Au mois d’août 2016, j’ai appris une technique qui m’était inconnue pour le maquereau.
À 4h30 du matin, nous étions sur le quai. Les paysages étaient parfois spectaculaires.

Le printemps-été 2016 a été pour moi source constante de découvertes. J’en ai déjà présenté une partie dans les deux articles précédents (références ci-bas). Or, au mois d’août 2016, à l’occasion d’un voyage en Gaspésie, une autre étape essentielle a été franchie, mais commençons par le commencement.

Un grand ami à moi, de Cap-Chat, m’a initié à la pêche au maquereau. Quatre ou cinq fois, nous sommes allés sur des quais, ceux qu’il fréquente depuis son enfance, pour notre plus grand bonheur. Ce fut des moments magiques. Or, pour la première fois, je pêchais avec un montage qui me semblait étrange : une mené plombé tout au bas de la ligne et, à distance régulière, sur la ligne, des streamers. Autant qu’on en voulait, car le maquereau se déplace en banc ; il y en a plein, ou il n’y en a pas. On peut sortir trois d’un seul coup, et parfois rester des heures sans la moindre touche. La plupart du temps, j’en ai remonté deux, mais parfois trois ou quatre à la fois. D’être là, avec un vieux chum, m’a fait le plus grand bien.

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Photo no 2 : Montage populaire à Ste-Anne-des-Monts pour la pêche au maquereau :
un mené plombé tout en bas, et à tous les 18 pouces, un streamer. Autant qu’on en veut!

Or, au printemps, j’avais développé une petite technique avec un popper pour maintenir des appâts artificiels près de la surface, tout en pouvant les lancer à longue distance. L’idée m’est venue de tenter le tout avec un streamer. Pas pour le maquereau, mais pour la truite ou le saumon. Ce ne fut pas un succès. La limpidité des cours d’eau et le bruit que je faisais en le lançant rendaient les poissons extrêmement méfiants. L’eau chaude de ce mois d’août 2016 a fini de faire le reste.

Voici que l’on m’apprend à pêcher à la mouche. Là non plus, je n’ai pas eu beaucoup de succès. En deux jours, un petit saumon et quelques  truites (2 ou 3, je crois). Il reste que dans ma maladresse, j’en ai attrapés plus que d’autres pêcheurs plus expérimentés. Je n’étais pas peu fier.

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Photo no 3 : Premier essai de montage avec des mouches sur une canne à lancer léger :
Mon vieux popper posé à l’envers, une mouche flottante et, tout en bas, une nymphe.

Le lendemain, sans guide cette fois (mais avec toutes les autorisations), je me suis rendu à la même fosse avec un attirail inusité : j’avais mon petit popper renversé. Dans la bouche, j’ai placé un leader flottant pour les cannes à mouches (de 6 pieds) et j’ai lancé les mêmes mouches que la veille. Sur mon tippet en fluorocarbone, j’ai posé une nymphe à l’extrémité et une mouche flottante (à 18 pouces ou 45 cm). Même fosse. Mêmes mouches. Même approche globale. Nouvel attirail.

Bingo!

En deux heures, j’ai pris 3 truites (pas de saumons). Maintenant initié à la pêche à la mouche depuis la veille, je comprenais mieux qu’il me fallait laisser mon offrande descendre le courant, laisser mon montage le suivre le plus naturellement possible. J’ai cependant vite appris que je ne pouvais pas utiliser le même positionnement que la pêche à la mouche à la régulière. J’ai préféré lancer mes montages vers le haut du courant et le laisser descendre, jusqu’à ma hauteur. Là, je récupérais et je relançais en haut.

Bien sûr, je n’avais pas l’exceptionnelle précision et régularité que celles avec ma canne à moucher — c’est sa grande force en fait, ça et la subtilité, la finesse —, mais les résultats furent immédiats.

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Photo no 4 : J’achetais mes mouches complètement au hasard, à l’instinct, et sans aucune aide des marchands.
En effet, chaque fois que j’osais ouvrir la bouche sur “ma technique” de pêche avec des mouches,
on me donnait l’impression d’être ridicule ou offensant. J’ai continué, discrètement, sans en parler à personne.

De retour en Mauricie, tant sur la Shawinigan que sur la St-Maurice, pour la truite, l’achigan ou le doré, c’est ainsi que j’ai pêché avec des mouches pendant les mois d’août à octobre. Comme j’aime dire, je pêche au lancer léger avec des mouches, mais je ne pêche pas « à la mouche », selon l’approche traditionnelle. Du moins, pas encore. Je suis novice, à ce chapitre.

En fait, durant cette période, j’ai choisi de ne parler que très peu de ce que je faisais. La raison en est bien simple : dans un grand magasin de plein air, je me suis presque fait « virer » de la section de la pêche à la mouche par le vendeur. Dans un commerce spécialisé, le patron m’a presque mis dehors pour crime de lèse-majesté. La vérité est que j’achetais mes mouches un peu au hasard, sans trop m’y connaître. Ne sachant pas différencier la nymphe, de la mouche noyée ou flottante. C’est plus par essais-erreurs que j’ai pu comprendre le comportement de l’une ou l’autre mouche. C’est en testant et tentant de perfectionner cette technique que j’en suis venu à comprendre… que ça marchait. Complètement. Je pêche au lancer léger, avec des mouches pour leurres.

Un point tournant (janvier 2017)

Tempête de neige, congé forcé. Je suis à la maison et il me vient une idée. En anglais, je google : « fly fishing spinning rod ». Je suis tombé sur la caverne d’Ali Baba. Non seulement ai-je trouvé quelques excellents articles (voir notes ci-bas), mais en plus, un célèbre pêcheur de truites du Wisconsin en a même fait sa spécialité. Seul, lui aussi, il en est arrivé à peu près aux mêmes conclusions que moi. Je n’en revenais tout simplement pas ! Oh, lui est surtout concentré sur les ruisseaux et les petites rivières — alors que moi, ce sont surtout les moyennes et grandes rivières, ainsi que les lacs —; ses techniques ne sont pas tout à fait comme les miennes, mais pour l’essentiel, nous nageons dans les mêmes eaux. J’ai aussi appris qu’il existe des flotteurs spécialisés pour ce type de pêche !!! Incroyable. Je n’ai rien de ces gadgets, bien sûr, pas plus que toute leur expérience, mais de consulter des vidéos, sites et articles qui traitent de ce sujet m’a fait un bien énorme. Je ne suis pas si fou, après tout ! J’ai décidé, cette semaine-là, d’écrire cette série de trois articles, pour vous raconter cet itinéraire. J’espère que vous avez apprécié. Bonne pêche à tous et à toutes !

Notes :

Mon article préféré sur le sujet de JD :

https://fishwithjd.com/2009/07/12/fly-fishing-with-a-spinning-rod/

La série de vidéos qui a pour moi tout changé de Dan Coppersmith :

Les deux autres articles de cette série  (du même auteur) :

Truite : Techniques inusitées pour la pêche à gué (1/3)

Truite et achigan : Technique inusitées pour la pêche à gué (2/3)

  1. Encore une fois, super article Joel.

    Si tu veux quelque chose que tu n’as jamais eu, il te faudra faire ce que tu n’as jamais fait. Bravo pour prendre le temps de partager tes découvertes!

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    • Dans l’Arctique, une chose que j’ai apprise : Système D. Trouve une solution à ton problème. Là, je voulais ajouter de la finesse à mon attirail de pêche, surtout dans les leurres dérivants et flottants. J’ai abouti avec cette solution et elle fonctionne à merveille. Que ça te soit utile, ça me remplit de joie. Bonne pêche !

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  2. Vraiment interessant tout ca pour un nul de peche comme moi.. 🙂

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    • J’espère que c’était compréhensible. En fait, pour un novice, voici ce qu’il faut retenir : dans la pêche, il y a des traditions qui sont excellentes. Elles existent parce qu’elles fonctionnent. Ceci dit, il ne faut pas hésiter à créer et chercher du neuf. C’est ce que j’ai fait, avec des résultats excellents !

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  3. Sylvain Lussier May 18, 2017, 2:20 pm

    Bonjour Joël ! excellent article encore une fois, je voulais juste te dire que cela fait déjà des années que pêche à la mouche, mais a la traine avec une canne pour lancer léger, environ 75 pieds derrière la chaloupe et c’est très étonnant de voir la quantité de truites indigène, arc-en-ciel et même grises qui mordent là-dessus !!

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    • Fantastique ! En effet, quelqu’un du Lac-St-Jean m’a aussi écrit pour me dire que ce type de montage lui était connu, quoiqu’un peu différent. Je suis enchanté de cela. Pendant un temps, je me croyais vraiment “seul au monde”. De voir que d’autres confirment, un peu partout, c’est fantastique !

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  4. Claude Lauzon May 22, 2017, 2:21 pm

    2 HEURES APRES AVOIR LU CET ARTICLE, J’AI CAPTURER UN BELLE TRUITE BRUNE, SUR LA RIVIERE DU NORD, AVEC UNE PETITE DAREDEVIL ET UNE NIMPHE NOIRE. TRES BON TRUC. MERCI.

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    • J’ai réessayé aussi, dans la Shawinigan. Même succès que l’an dernier. Recommandation : ne négligez pas la variante où ce sont des hameçon no 8 avec un petit criquets ou une larve. Extrêmement efficace aussi ! Bonne saison de pêche !

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  5. Daniel Boutin July 1, 2017, 4:51 am

    Pourquoi de la ligne fluorocarbon devant la mouche sèche. Cette ligne va faire caler la mouche. Bien mieux utiliser une ligne plus flottante comme un bon monofilament clair de 4 ou 6 lb test.

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